La dérive des pôles, 2018-20

Research project / Work in progress

Project supported by DRAC Grand Est and Région Grand Est

"Le projet La dérive des pôles est une réflexion sur le rapport de l’homme au monde, à la nature, au cosmos.

Dans ma pratique artistique je m’intéresse à toute sorte de phénomènes naturels, causés ou non par l’homme, et à la manière dont ils se manifestent sur le terrain.

De ce fait, j’ai entrepris plusieurs expéditions, ces dernières années, dans des destinations susceptibles de montrer les interactions des phénomènes humains avec les phénomènes géologiques, météorologiques, biologiques ou physiques.

Notamment dans les régions polaires au Svalbard, au Canada et en Islande dont l’impact climatique et les risques de fontes du permafrost sont alertants, ainsi que dans les régions plus arides d’Australie et des Etats Unis dont la diversifications de leurs territoires accueillent une immense variétés d’espèces animales et végétales qui sont en voie de disparition. Ces territoires qui autrefois étaient préservées sont en proie à de grands changements et mes déplacements me permettent de constituer régulièrement comme des inventaires d’ensemble de relevés photographiques, de matières minérales ou végétales et de documents historiques et scientifiques qui traduisent de manière plastique, sensible et technique des traces de ces phénomènes dans le temps.

Pour alimenter mes collectes, je me suis également familiarisée à la philosophie et aux méthodes de travail d’explorateurs et naturalistes qui ont fortement influencés notre rapport au vivant. Comme le naturaliste et paléontologue Charles Darwin (1809-1882) qui a étudié, entre autre, les restes fossiles des êtres vivants du passé et les implications évolutives ressortant de l’étude de ces restes et John Muir (1838-1914), un naturaliste et militant de la protection de la nature.

Plus récemment, je me suis penchée sur les recherches du naturaliste et scientifique Alexander von Humboldt (1769-1859) qui a approfondie le phénomène de magnétisme terrestre et ses conséquences sur l’environnement et nos comportements si jamais survenait à nouveau une inversion des pôles. Phénomène d’inversion qui a pu être décelé notamment en regardant les différentes directions qu’avaient pu prendre les coulés de laves figées avec le temps. C’est de ce constat, de cette idée que tout reste gravé, acté et visible dans la roche que j’ai amorcé mon projet « la dérive des pôles ».

J’ai ciblé sur la carte les lieux qui étaient hautement magnétiques comme les cratères de météorites et je me suis rendu au Québec durant 2 mois à la découverte de sites magnétiques tels que les « astroblèmes » de Manicouagan et de Charlevoix. Les astroblèmes désignent un cratère terrestre d'origine météoritique qui n' existent plus qu'à l'état de fossile et qui sont partiellement détruits par l'érosion ou recouverts de sédiments. Se rendre vers ces deux anciens cratères de météorites a déjà été toute une aventure, car la route est partiellement non asphaltée, longue et sinueuse dans ces terres reculées du Canada. J’ai profité de ce temps pour prendre des notes et constituer déjà des recherches sur ces sites. Une fois sur place, j’ai pu rassembler des documents cartographiques, effectuer des prélèvements de pierres, prendre des photographies, archiver des documents historiques et des témoignages de locaux sur la manière dont ils ont marqué le territoire et les traces qu’ils ont laissé. Les formes que laissent la fusion des roches entre elles, cette idée de temps géologique et la manière dont les végétaux se sont réappropriés le territoire donne lieu à de nouveaux paysages et à un potentiel imaginaire infini dans mon travail de ces impacts de météorites.

Pour ce projet, je dois me rendre sur 3 sites qui présentent des astroblèmes cette fois-ci en Europe, comme celui de Rochechouart en France, celui de Nordlinger Ries en Allemagne et celui de Siljan devenu un lac, en Suède. D’avoir cette approche comparative d’astroblèmes me permettrait d’étudier leurs morphologies, leurs spécificités et de les traduire en tissant des liens, afin d’étoffer une narration complexe et sensible de ces territoires.

Par l’association, la juxtaposition et la réinterprétation de toute cette collection de formes hétérogènes qui sera recueilli, je proposerai une exposition de restitution qui se traduira par des images, des objets et parfois du texte qui deviendront alors les hôtes de récits à la fois réels et fictifs. A la manière d’un laboratoire de recherche, entre une approche personnelle sur le terrain et un retour aux origines inspiré des découvertes des premiers explorateurs et des études des scientifiques, naturalistes et ethnologues, ces assemblages donneront lieu à des paysages réinventés. Les allusions et références à l’univers scientifique et à la cartographie me permettront de mettre en place un corpus d’œuvres inédit traité avec minutie, justesse et attention. Tels des curiosités à la fois actuelles et museals, ils seront présentés au mur et sur des tables ou dans des vitrines d’exposition. Proposant ainsi une nouvellesmanière de penser empiriques et poétiques sur ce qui a été, ce qui est et ce qui sera."

Vanessa Gandar

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